1. Présentation du thème
La notion de socialisation a connu une destinée particulière dans la recherche sur l’Union européenne. Erigée par certains travaux fondateurs comme l’un des moteurs de l’intégration communautaire, la socialisation des élites politiques et administratives au sein des instances bruxelloises a souvent fait, par la suite, l’objet de références aussi suggestives qu’allusives. Plusieurs travaux sur les comités et autres groupes de travail rassemblant à Bruxelles fonctionnaires nationaux et communautaires ont ainsi avancé l’hypothèse, empruntée aux ouvrages d’Ernst Haas, que la conduite collective de discussions sur un même domaine, la fréquence et la régularité de leurs rencontres conduiraient les membres de ces comités à se reconnaître progressivement des intérêts communs, et faciliteraient l’identification de solutions de compromis. Sur un autre plan, les observations recueillies à l’occasion d’enquêtes conduites sur certains professionnels en poste à Bruxelles - journalistes spécialisés, consultants, représentants syndicaux européens - laissent penser que la sociabilité bruxelloise, y compris hors travail, peut exercer de puissants effets sur le rapport à l’Europe, les normes et les valeurs intériorisés et diffusés par ces acteurs.
2. Objectifs de l’atelier
Si ces hypothèses témoignent de l’intérêt de la notion de socialisation et des processus auxquels elle renvoie, elles soulignent aussi l’imprécision de ses usages, et l’absence de débat consacré à en discuter la nature, les déterminants et les éventuels enjeux pour l’analyse de l’intégration européenne. C’est dans cette perspective que se situe cet atelier. Consacré à la question de la socialisation des élites dans la construction de l’Europe politique, cet atelier aura pour objectif de susciter une discussion autour des thèmes suivants :
Quels peuvent être les déterminants des processus de socialisation à l’œuvre sur la scène politique et institutionnelle bruxelloise (appartenance à un groupe de travail, sociabilité professionnelle, fréquentation des mêmes lieux de vie, etc.) ?
Comment concevoir les effets de la socialisation ? Se réduit-elle au développement de réseaux d’interconnaissance ? Doit-elle plutôt être envisagée comme une forme d’apprentissage, renvoyant à l’acquisition de connaissances spécifiques et/ou à l’intériorisation de normes ? Lorsqu’elle s’opère au sein au sein des multiples comités réunis à Bruxelles, peut-elle se traduire par la constitution d’une identité collective propre aux membres de ces groupes de travail (auto-régulation des échanges, sentiment d’appartenance) ? Comment enfin penser les conséquences à plus long terme de ces processus de socialisation ? Que nous apprennent-ils sur les pratiques politiques propres à la scène bruxelloise ? Selon quelles modalités ces processus de socialisation contribuent-ils à l’institutionnalisation et à la légitimation de la construction communautaire ?
De quels outils conceptuels et cadres théoriques se doter pour aborder ces processus de socialisation ? Quels enseignements tirer des travaux consacrés aux dynamiques de la socialisation politique ? Dans quelle mesure la sociologie des professions, ou la sociologie politique des institutions offrent-elles des pistes pour comprendre les logiques de la socialisation à l’Europe ?
Sur quels types d’enquête et protocoles de recherche s’appuyer ? Quelles difficultés spécifiques soulèvent l’observation et la " mesure " de tels processus (ayant trait à des représentations et des normes intériorisées, de manière partiellement inconsciente, sur le temps long) ?
De nature résolument exploratoire, la réflexion proposée dans cet atelier vise à favoriser la confrontation de travaux abordant, de manière plus ou moins directe, et sous des angles différents, les questions de socialisation à l’Europe. Il s’agit de rendre explicites les usages et attendus scientifique d’une notion, souvent mobilisée mais trop rarement définie, et de mettre en commun les éléments théoriques et empiriques permettant de l’appréhender.
3. Principes de fonctionnement
Un des intérêts majeurs de la rencontre autour d’un atelier est d’offrir les conditions d’un échange entre les participants et avec l’auditoire. De manière à préserver le temps du débat, les contributions seront nécessairement limitées en nombre et en durée.
Pour préparer cet atelier, les personnes intéressées peuvent adresser une proposition, de deux pages environ, faisant figurer : leurs coordonnées, leurs thématiques et terrains de recherche, la manière dont elles entendent aborder la problématique de l’atelier. Ces propositions pourront être envoyées jusqu’au 5 janvier 2004, mais elles devront être précédées dès que possible de la transmission d’une première manifestation d’intérêt (nom et résumé (en cinq lignes) du papier).
Propositions et manifestations d’intérêt sont à adresser à : Cécile Robert (cecilerobert2@yahoo.com).
Cécile Robert Chargée de recherche, CERAPS-CNRS Université Lille 2, 1 place Déliot BP629 59024 Lille Cedex