Melissa

La théorie du pouvoir de H. Simon : une lecture conventionnaliste

Rouslan Koumakhov

jeudi 13 janvier 2005, par Antoine de Raymond

Rouslan Koumakhov (FORUM), « La théorie du pouvoir de H. Simon : une lecture conventionnaliste ».

La théorie des rapports du pouvoir développée par Herbert Simon est très peu utilisée dans la littérature économique et sociologique. Mon propos consiste à démontrer que, contrairement à certaines idées reçues, cette conception du pouvoir ne se réduit pas à la vision « hiérarchique » de l’autorité et de l’entreprise, proposée dans le modèle bien connu de 1951. En effet, Simon a mis en évidence la multiplicité des centres décisionnels dans l’entreprise ; de ce point de vue, l’autorité formelle analysée dans le modèle-1951 ne représente qu’un cas très particulier de la relation d’autorité. Pour préciser cette approche, j’ai souligné deux aspects des rapports du pouvoir chez Simon : cognitif et informel. Le premier aspect s’avère particulièrement intéressant dans la mesure où les compétences des salariés sont clairement considérées comme une source importante de l’exercice du pouvoir décisionnel, ce que traduit notamment le concept d’autorité des idées. Le deuxième aspect concerne surtout le rôle que jouent les normes sociales dans le rejet ou dans l’acceptation de l’autorité formelle. Le message le plus important de cette relecture du paradigme simonien est double : premièrement, Simon a explicitement reconnu la rationalité - du point de vue organisationnel - des règles élaborées et appliquées par les salariés ; deuxièmement, il a posé la problème de la légitimité de l’autorité et des règles officielles - du point de vue de l’acceptation collective des membres de l’organisation. Cette exercice débouche sur deux conséquences méthodologiques interdépendantes. Premièrement, je fais un rapprochement entre le paradigme de Simon et la théorie des deux régulations de J.-D. Reynaud. Les deux conceptions, en insistant sur le rôle des connaissances professionnelles dans l’exercice de l’autonomie des « simples exécutants », font apparaître l’efficacité et la légitimité des règles produites par le groupe de salariés. Deuxièmement, Simon, en établissant des liens entre économie, gestion, sociologie et psychologie des organisations, a anticipée le projet de l’Economie des Conventions. Dans cette perspective, le paradigme simonienne du pouvoir constitue un appui fondamental au paradigme conventionnaliste de l’entreprise : dans les deux cas, les questions de rationalité et de justice sociale sont simultanément traitées pour aborder les questions de la coordination intra-organisationnelle.

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0